CHILI, le NON à la nouvelle Constitution.

septembre 2022 2 mn fr

Un grave revers pour le gouvernement de Gabriel Boric, de gauche et écologiste, mais aussi tous ceux qui ont contribué à la mise en œuvre de la nouvelle Constitution.

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Une importante fragilisation des perspectives de changements au Chili, un coup dur porté aux espoirs de changements en matière d’écologie, de justice sociale, de droits pour les femmes pour le Chili, mais aussi des conséquences prévisibles pour la Colombie, engagée elle aussi dans des changements importants, et le Brésil avec la possible mais plus incertaine victoire de Lula aux élections présidentielles du 4 octobre prochain.

En causes une défaillance d’information par le gouvernement mais aussi, et surtout, l’intense processus de dénonciations, accusations et contre-vérités mené par le droite et l’extrême droit chilienne, les Golden Boys, par l’ensemble des mouvements conservateurs et des lobbys financiers et extractivistes, par les églises catholiques et évangéliques, évêques en tête ; mais aussi, hélas, par l’abstention d’une grande partie des jeunes non-inscrits sur les listes électorales et le très fort soutien au Non des plus de soixante-ans.

José Antonio Kast, le leader et ex-candidat d’extrême droite aux dernières élections, a ainsi appelé à la restauration des valeurs familiales et morales : « Nous ne voulons plus que notre drapeau soit souillé, nous ne voulons plus de ces offenses contre nos familles et nos enfants par des personnes qui détestent ce qui est notre tradition, notre culture et notre patrie. »

Dans une campagne intense et d’une grande violence dans les réseaux sociaux et les médias, étaient ainsi affirmés les expropriations de terres des « braves gens » et la nationalisation de l’eau au bénéfice des Mapuches, l’interdiction de la consommation de viande, la généralisation de l’avortement et le règne des LGBT et leur enseignement dans les écoles, le travail des femmes comme nuisance à celui des hommes et de l’éducation naturelle des enfants, la faillite économique du pays. Et, bien évidemment, « la drogue, la criminalité, et autres problèmes d’insécurité ; il faut aller petit à petit et ne pas bousculer le système », a déclaré Luis Moreno, président du Parti des Gens (populiste).

L’actuel gouvernement a été dépassé par la puissance de ces discours sur les réseaux sociaux, n’a pas su y faire face à temps.

L’affaiblissement du gouvernement au profit des forces réactionnaires est net. Gabriel Boric doit dès à présent se priver des ministres les plus fidèles à ses volontés de changement à commencer par Izkia Siches, ministre de l’Intérieur, Giorgio Jackson, secrétaire général de la Présidence, et de la ministre de l’Environnement, la climatologue Maisa Rojas, l’une des autrices du dernier rapport du GIEC. La réforme fiscale et la réforme des retraites, deux des engagements majeurs de Gabriel Boric, que le ministre des Finances Mario Marcel devait présenter à l’issue du référendum constitutionnel, sont reportées sine die.

« Ne pas bousculer le système »
La voie du changement n’est pas totalement fermée mais elle est devenue bien plus difficile et incertaine. « Ne pas bousculer le système », tel est l’injonction à laquelle sont dorénavant soumis Boric et son gouvernement. « Le président doit accorder toute son attention au travail des forces de l’ordre et de la sécurité, nous avons passé cinq mois au cours desquels la seule préoccupation était le débat constitutionnel et les véritables douleurs du peuple chilien ont été laissées de côté », a déclaré l’Union démocrate et indépendante, constituée d’une grande partie de la droite et de l’extrême droite.

Ce retour en arrière a aussi des conséquences pour Petro, président de la Colombie, que son soutien à la réforme de la Constitution et au gouvernement chilien fragilise.

Décidément, les changements démocratiques, pour la justice sociale et économique, pour l’écologie, sont bien incertains et fragiles en Amérique latine. Bolsonaro au Brésil remonte son écart avec Lula et la victoire de celui-ci le 4 octobre prochain n’est plus assurée.

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