Lettre de Clarena Fonseca le 01.02.21

Claude, mars 2021 3 mn fr

Clarena a écrit cette lettre afin qu’elle soit lue lors de l’Assemblée générale de l’association du 1er février 2021. Son caractère universel nous autorise à la publier ici.

Temps de lecture estimé : 3 mn

Bonjour les autres amis, je vous salue de la Guajira !

Cette année 2020, notre communauté la Cachaca lll a souffert dans tous les domaines : crise économique et sociale, travail, alimentation, sécurité d’environnement, santé, affection par la pandémie, une quarantaine que n’avait encore jamais vécue notre peuple. La pêche a également été touchée avec la fermeture des ports. Mais nous avons trouvé une stratégie pour aller pêcher, et suivre nos vies tous les jours en communauté : nous avons fait une quarantaine Wayuu. Personne n’entrait sur notre territoire sans notre permission.

Et voici l’essentiel : l’eau. Nous avons souffert, nos animaux sont rongés par le manque d’eau, par le manque d’herbe et de nourriture. C’était un coup terrible, et j’ai dit que nous réussirions. Parfois dans la vie, il arrive que des évènements puissent être un apprentissage pour devenir plus forts. Mon père est un vieil homme sage, il disait que c’était la fin du monde, ou la disparition de la population, ou l’empoisonnement de l’atmosphère, empoisonnement de l’air qui nous garde en vie dans le monde entier.
Dans cette région des Caraïbes, je suis toujours en inquiétude des pluies, c’est le problème presque tout le temps chaque année, le manque d’eau, la saison sèche. Avec la chaleur, ce qui assèche l’eau le plus vite ce sont les alizés, le vent, comme en ce moment, un vent fort depuis 21 jours, et qui ne s’arrête pas.
Les équipements réalisés pour l’eau sont complets et en bon état.
Les bons moments passés : d’octobre à décembre est venu la pluie, nous pouvions semer des courges, des haricots. Cette grande merveille d’avoir de l’eau et de la vie pour les plantes !

Merci aux amis et frères de pays sœur qui sont venus pour connaître ma culture, ma façon de vivre, partager des expériences, des us et des coutumes, des rites ancestraux et notre langue. Nos frères adoptifs , Claude, Liliane, Danièle, Salomé, Ramiro, Aude et d’autres amis comme Javier et REMY. REMY un ami frère, toujours présent, et je sais que chaque fois qu’arrivera la date de sa mort il nous rendra visite.

Avec la pandémie et la quarantaine, c’est très difficile pour les enfants ce changement soudain de l’école, des systèmes d’enseignement à distance qui sont nouveaux pour un indigène qui ne peut pas connaître tout d’un coup les équipements technologiques. Les enfants se sont retrouvés dans de grandes questions : qu’est-ce qui se passe, comme on peut passer nos cours et l’année scolaire ? Les papas étaient sans réponse. Claude, Liliane, Rémy avaient aidé en 2015 à la création de l’école, avec les livres dans la petite armoire, notre bibliothèque. Mais nous n’avions pas d’ordinateur ni internet, pas de téléphone intelligent – un smartphone - pour ouvrir le courrier des institutions. Et grâce vous les enfants ont eu un ordinateur et internet, et ils étaient si heureux de pouvoir suivre l’année scolaire. Et moi, j’ai eu un Smartphone pour correspondre avec les institutions et avec Liliane et Claude. Les petits enfants ont souffert du manque de nourriture, pour éviter la contagion du covid c’était difficile de sortir du territoire, mais vous nous avez fourni de la nourriture et des médicaments. Le nécessaire. Et pour aussi acheter de l’eau potable.

Pour nous indigènes, notre temps de vie chaque jour devient plus étroit, dans le social, la santé, les droits , les assassinats de leaders sociaux. Tous les droits sont menacés, c’est la conclusion de 2020. En tant que leader de la communauté, j’avais une mini-cave de nourriture, du riz, de sucre, du lait, et j’ai donné la priorité des mères avec des enfants en bas âge, et ça a été respecté jusqu’à aujourd’hui.
Aujourd’hui, il ne me reste plus qu’à croire qu’il pourrait y avoir une vie durable pour les peuples indigènes. Mais la situation est mortelle avec les privatisations de la terre, les expulsions des communautés, la dispersion et la destruction des familles. Des communautés ont perdu des vies humaines pour se protéger, c’est très grave.

À la fin de ce récit il est très heureux de savoir que tous nos amis vont bien en pays de France. L’espoir est mis en France et ce qui est difficile c’est quand change les manigances politiques au niveau international, ça génère des déséquilibres. Pour nos petits villages, peut-être des projets productifs pour la pêche et l’artisanat peuvent créer des emplois et aussi de semer l’eau permanente avec un puits profond.
Merci à vous tous pour ce que vous avez faits pour la Cachaca lll. C’est un travail d’équipe, de loin nous sommes et serons toujours avec vous dans une grande étreinte. Je vous aime beaucoup, et avec moi tous ceux qui ont participé à écrire ce récit, mes enfants Yordana, Clarena, Nancy, Alexander Cesarin et d’autres, et Cristian qui est parti à l‘armée et n’a pas pu participer.

Un baiser et à bientôt.
Clarena Fonseca Uriana

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